Inondations dans le Var : des catastrophes inévitables ?

30 Janvier 2020

Deux épisodes de violentes inondations dans le sud de la France viennent de reposer une nouvelle fois la question de l'anticipation et de la prévention de tels dégâts. Pourquoi certains cours d'eau sortent-ils de leur lit, et pourquoi les inondations sont-elles si dramatiques ? Réponses d'une géographe.

Le sud de la France en général, le Var en particulier, a été durement touché par les inondations les 23 novembre et 1er décembre derniers. Et plus particulièrement la basse vallée de l’Argens qui est régulièrement soumise aux inondations depuis 10 ans. Mais l'Argens, ce fleuve côtier long de 115,6 kilomètres, entièrement situé dans le département du Var entre Seillons-Source-d'Argens et Fréjus où il se jette dans la Méditerranée, est connu depuis des temps immémoriaux pour ses crues. Alors, comment peut-on expliquer ces nouvelles inondations catastrophes et les dégâts qu'elles ont provoqués ?

On a beau savoir que l'Argens sort régulièrement de son lit causant des dégâts souvent catastrophiques pour les habitants de la région, on ne peut s'empêcher de se demander pourquoi rien n'a encore été fait. Quid de la construction du bassin de rétention d'eau, projet vieux de 10 ans déjà ? Alors, les habitants, au bout du rouleau, s'en prennent aux interlocuteurs les plus proches, les élus locaux, les accusant de ne pas remplir leurs obligations mais ces élus rappellent qu'ils ne peuvent rien mettre en place tant que l'État n'a pas validé les dits travaux. Si le serpent se mort la queue, les inondations perdurent et il va bien falloir prendre des décisions, et ce, rapidement.

Pour comprendre la situation, nous avons fait appel à une géographe, Magali Reghezza-Zitt, maître de conférences à l’Ecole Normale Supérieure et auteure, notamment, de "Résiliences : sociétés et territoires face à l'incertitude, aux risques et aux catastrophes" (2015) aux éditions ISTE et "Résiliences urbaines : les villes face aux catastrophes", Le Manuscrit (2012).

Magali Reghezza-Zitt nous explique que ces inondations sont la conjonction de plusieurs facteurs : d'abord, ce sont des phénomènes purement naturels, qui sont traditionnels en Méditerranée. On les appelle des "épisodes méditerranéens". Des orages très violents qui s’abattent de façon très localisée. Et le phénomène s'aggrave lorsqu'il se produit sur certaines zones qui, jusqu’à il y a 30 ou 40 ans, étaient soit des zones de cultures soit des zones naturelles. Elles sont depuis devenues des surfaces imperméabilisées où le ruissellement est plus important, avec un urbanisme pas du tout adapté à la montée des eaux. 

Et Magali Reghezza-Ritt de poser la question essentielle :

Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui de ces territoires qui, en fait, ont un héritage de politique d’urbanisation qui n’était pas du tout en accord avec la réalité du milieu et la réalité des risques que représentait ce milieu ? Il faut rappeler qu'au départ, il s'agit de ce qu'on appelle, en géographie, des aléas, c'est-à-dire que ce sont des processus physiques qui sont naturels. Par le passé, les sociétés qui habitaient ces territoires avaient mis en place un ensemble de formes d'habitats qui permettait de se mettre à l'abri. Par exemple, on ne construisait pas à côté des cours d'eau. On se mettait en hauteur. On construisait des maisons à étages et les rez-de-chaussée étaient occupés par des choses qui pouvaient être détruites ou facilement déplacées...

Pour la géographe Magali Reghezza-Zitt, on a des héritages qui font que les gens se sont sentis en sécurité, protégés par la technique mais en fait on a inversé les priorités. On a imaginé que la technique pouvait empêcher des risques, qu'elle pouvait conduire à ce fameux risque zéro sur lequel repose notre pacte social.

Et il n’y a pas aujourd’hui de solution miracle ! Parce que toutes les mesures qu’on peut prendre, elles peuvent atténuer les processus, elles peuvent à un certain moment permettre de gagner du temps. Mais le vrai enjeu c’est comment on aménage ou réaménage ces territoires et comment les gens vont pouvoir vivre avec ces inondations ?

  • Magali Reghezza-Zitt, docteur en géographie et aménagement du territoire, maître de conférences et directrice des études du département de géographie de l’École normale supérieure.

 

Source complète : site de France-Culture